ISRAELI (I.)


ISRAELI (I.)
ISRAELI (I.)

ISRAELI ISAAC BEN SALOMON (850 env.-950)

Contemporain du grand penseur et homme politique juif Saadia Gaon (892-942) et éclipsé par sa gloire, Isaac Israeli (en arabe: Is ム q ben Sulaym n al-Isr ‘ 稜l 稜) n’en a pas moins exercé une influence remarquable et durable aussi bien à l’intérieur de la communauté juive qu’au sein de l’islam et du christianisme. Ses traités de médecine sont cités avec respect et admiration et ont fait autorité jusqu’au XVIe siècle. Ses travaux philosophiques semblent avoir eu moins de portée, et Maimonide, tout en rendant hommage à la maîtrise médicale d’Isaac Israeli, met en doute sa compétence et son originalité philosophiques.

Ce jugement défavorable est dû au fait, sans doute, qu’Isaac Israeli était un philosophe éclectique plutôt qu’un penseur systématique. Néanmoins, il est souvent cité par les plus grands théologiens chrétiens du Moyen Âge, notamment par Albert le Grand et Thomas d’Aquin; ses œuvres, rédigées en arabe, ont en effet été traduites très tôt en latin par le moine Constantin l’Africain, de Carthage, en 1087. Dans toutes les histoires de la philosophie juive, son nom ouvre la liste des grands penseurs juifs du Moyen Âge.

Les détails de la vie d’Isaac Israeli, pourtant longue puisqu’il mourut centenaire, sont peu connus. On sait qu’il est né en Égypte, d’où il émigra, vers 904, en Tunisie. Sa réputation comme médecin, surtout comme oculiste, était déjà solidement établie en Égypte; et sans doute a-t-il quitté son pays natal pour répondre à une invitation des califes f レimides de Kairouan, dont il fut le médecin particulier durant un demi-siècle. Il meurt sans enfants, mais laisse, avec fierté, une œuvre, médicale surtout, dont il sait qu’elle lui assurera une survie dans la mémoire des hommes, entouré aussi de nombreux disciples juifs et arabes. Dans les traductions de ses livres en hébreu ou en latin, les notes de ses élèves seront d’ailleurs souvent incorporées, et les œuvres complètes d’Isaac Israeli, imprimées notamment à Leyde en 1505-1516 (en latin sous le titre Opera omnia Isaci ), sont le fruit de l’école d’Isaac Israeli plutôt que le produit exclusif du maître.

En médecine, Isaac Israeli est l’élève de Galien et de l’école judéo-arabe, qui s’inspira de lui jusqu’à la fin du Moyen Âge. Ce qui frappe dans son œuvre médicale, c’est l’étendue des spécialités dans lesquelles il fait preuve d’une égale compétence scientifique (le Traité des fièvres qui a assuré sa notoriété, le Traité des urines , le Traité des toxiques , le Traité des mélancholies , une Diététique ) et l’intérêt qu’il porte aux implications éthiques et sociales de l’art médical (un Viatique du médecin et une Propédeutique , qui est une sorte de recueil de déontologie et de morale médicales sous forme d’aphorismes). Ces traités confèrent à Isaac Israeli une place durable parmi les grands médecins de la lignée judéo-arabe médiévale.

Le Livre des définitions et le Livre des éléments constituent les chefs-d’œuvre d’Isaac Israeli dans le domaine philosophique. Mais il faut lui attribuer sans doute (à moins d’y voir des ouvrages d’élèves formés dans son esprit) plusieurs dissertations mineures, ainsi qu’un commentaire de la Genèse et un autre du Livre de la création (Sefer Yetsira ), qui venait de commencer sa carrière et allait constituer le premier chaînon de la littérature mystique juive, la kabbale. Ce dernier commentaire est intéressant surtout parce que l’auteur (Isaac Israeli ou l’un de ses disciples) y entreprend l’examen assez critique d’un commentaire semblable du Livre de la création que venait de rédiger Saadia Gaon. On assiste ainsi aux premières étapes d’une bifurcation qui, à l’intérieur de la pensée médiévale juive, tantôt séparera fortement, tantôt tentera de rapprocher les deux branches dissidentes de la philosophie rationnelle et de la mystique.

Lorsque Isaac Israeli rédige son œuvre philosophique, la pensée arabe ne s’était pas encore épanouie dans les systèmes d’al-Farabi ou d’Avicenne. C’est donc avec les principes rigides du kalam que se débat l’auteur juif, essayant, comme Saadia Gaon, mais avec moins d’envolée apologétique, d’assouplir le kalam, de montrer combien Aristote et la Bible sont conciliables dans les larges limites de la raison, tout en marquant les points sur lesquels la théologie biblique ne saurait transiger: création ex nihilo , prophétie, libre arbitre. Le mouvement de la pensée d’Isaac Israeli est très éclectique, et ses définitions s’inspirent tantôt presque littéralement des deux interprétations dominantes de l’aristotélisme au Xe siècle, l’interprétation néo-platonicienne et l’interprétation péripatéticienne, tantôt de la terminologie et de l’idéologie bibliques; ce qui lui permet d’aboutir à certaines «conciliations», qui perdront leur accent original lorsqu’elles seront utilisées, par les successeurs d’Isaac Israeli, dans le cadre plus vaste d’un système entièrement organisé. Parmi les thèmes qui jettent un pont entre Aristote et la Bible, les plus originaux concernent la création (conçue sous deux formes, celle, biblique, de l’apparition abrupte du monde ex nihilo et celle, aristotélicienne, du développement naturel des choses à partir de l’existant) et l’homme (être raisonnable et mortel, comme pour Aristote, mais doué de la faculté de l’union prophétique avec Dieu, ainsi que l’enseigne la Bible). Parfois, des notes très originales complètent l’analyse, inspirées sans doute à Isaac Israeli par son expérience de médecin. C’est ainsi qu’il compare les deux stades de la création au processus de la formation des êtres vivants et qu’il ajoute aux caractéristiques aristotéliciennes de l’homme deux critères que ne renierait pas la psychologie moderne: le rire et l’oubli.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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